Global Security Mag : pouvez-vous vous présenter et nous dire comment votre parcours professionnel vous a amené à votre rôle actuel ?
Bernard Montel : je suis Field CTO EMEA chez Tenable, où j’accompagne les organisations dans la compréhension et la maîtrise de leur exposition aux risques cyber, notamment dans des environnements cloud et hybrides de plus en plus complexes.
Avec plus de 25 ans d’expérience dans le domaine de la cybersécurité, j’ai développé une expertise couvrant des sujets clés tels que la gestion des vulnérabilités, la cryptographie, la gestion des identités et des accès, ainsi que les opérations de sécurité. Mon parcours m’a conduit à occuper des fonctions à la fois techniques et stratégiques, ce qui m’a permis de construire une vision globale des enjeux de sécurité, de l’infrastructure traditionnelle aux architectures cloud modernes.
Avant de rejoindre Tenable, j’étais directeur technique EMEA chez RSA, où j’ai notamment travaillé sur des problématiques de détection et de réponse aux menaces, en accompagnant des grandes et moyennes entreprises dans la mise en place de bonnes pratiques de cybersécurité.
Aujourd’hui, mon rôle consiste à aider les entreprises à mieux appréhender leur cyber-résilience et à sécuriser des écosystèmes de plus en plus interconnectés, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle. Je contribue également activement à la diffusion de ces enjeux, à travers des prises de parole et publications sur les menaces actuelles, la gestion des risques et la cyber-exposition.
Global Security Mag : quelle est votre actualité lors du Forum InCyber 2026 ?
Bernard Montel : nous mettons en avant les nouveaux défis liés à l’essor de l’intelligence artificielle et à la transformation rapide des infrastructures numériques.
Nous échangeons notamment sur la montée en puissance des identités non humaines, comme les agents IA ou les comptes de service, qui redéfinissent les surfaces d’attaque et complexifient la gestion des accès. Aujourd’hui, ces identités représentent même un niveau de risque plus élevé que les utilisateurs humains 52 % contre 37 % ce qui marque un véritable changement de paradigme.
Nous abordons également les risques liés aux environnements cloud, aux chaînes d’approvisionnement logicielles et aux infrastructures qui soutiennent les ambitions européennes en matière d’IA, dans un contexte où les dépendances numériques deviennent de plus en plus difficiles à cartographier.
Dans ce cadre, nous présentons notre dernière innovation, Tenable Hexa AI, un moteur d’IA agentique intégré à Tenable One, qui permet d’automatiser les workflows de sécurité et de transformer la connaissance de l’exposition en actions concrètes.
Face à une surface d’attaque en forte expansion et à la complexité croissante des environnements, l’enjeu est désormais de passer d’une posture réactive à une approche proactive et automatisée. Le but est de permettre aux organisations de réduire leur exposition de manière continue, à la vitesse de l’IA, tout en redonnant du temps aux équipes sur les priorités stratégiques.
Global Security Mag : quels sont les points forts des solutions que vous allez présenter ?
Bernard Montel : les solutions Tenable se distinguent par leur capacité à offrir une vision unifiée et contextualisée de l’exposition aux risques, en couvrant à la fois les vulnérabilités, les identités, les problèmes de configurations et désormais les systèmes d’IA.
Dans des environnements de plus en plus complexes, il devient essentiel de comprendre les dépendances numériques entre les actifs, les utilisateurs, les services et les workflows automatisés. Cette compréhension permet d’aller au-delà d’une approche isolée de la sécurité.
Nos technologies ne se contentent pas d’identifier des failles : elles permettent de révéler les chemins d’attaque potentiels, y compris les plus invisibles, en corrélant différents types de risques au sein des environnements cloud et hybrides.
Avec l’intégration de Tenable Hexa AI, nous franchissons une nouvelle étape. Le but n’est plus seulement d’analyser l’exposition, mais de la transformer en actions concrètes et orchestrées. Grâce à une approche agentique, nous automatisons les workflows de sécurité, nous priorisons les risques critiques et accélérons leur remédiation à l’échelle de l’entreprise.
Cela permet aux équipes de passer d’une logique réactive à une démarche proactive et continue de réduction du risque, tout en gagnant en efficacité opérationnelle face à une surface d’attaque en constante expansion.
Global Security Mag : cette année, le Forum InCyber a pour thème « Maîtriser nos dépendances numériques », quelles sont vos analyses sur ce sujet ?
Bernard Montel : la question des dépendances numériques est aujourd’hui centrale. Les organisations s’appuient sur des écosystèmes toujours plus vastes, intégrant des services cloud, des composants open source et, de plus en plus, des systèmes d’intelligence artificielle. Avant même d’avoir vraiment réussi à maîtriser tout cela, nous avons ajouté l’IA à l’équation. Les systèmes d’IA ne fonctionnent pas en vase clos : ils s’appuient sur plusieurs couches de code tiers, de bibliothèques open source, d’intégrations externes et d’accès à des fournisseurs. Cela crée un nouvel ensemble de dépendances susceptibles d’accroître sensiblement les risques. Le défi, c’est que ces dépendances sont souvent mal cartographiées et peu visibles, créant des angles morts en matière de sécurité.
Malgré l’adoption de technologies avancées, de nombreuses attaques exploitent encore des failles basiques, comme des vulnérabilités connues ou des erreurs de configuration. Et c’est là que l’IA engendre un risque supplémentaire : non pas en générant des attaques nouvelles ou inédites, mais en introduisant la rapidité, en automatisant certains des aspects les plus manuels d’une attaque et en permettant aux cybercriminels d’agir à la vitesse de l’IA.
Global Security Mag : comment vos solutions répondent-elles à cette problématique ?
Bernard Montel : lorsque nous parlons de dépendances, nous devons analyser la relation entre ces ressources numériques. Il faut d’abord disposer d’une vue d’ensemble complète de la surface d’attaque pour établir les liens entre les éléments exposés aux risques et déterminer s’il existe des chemins d’attaques qui pourraient être exploités pour compromettre les systèmes (extraction de données, déni de service).
Nos solutions visent précisément à rendre ces dépendances visibles et compréhensibles. Nous permettons aux organisations de cartographier leurs environnements, d’identifier les vulnérabilités critiques et de comprendre comment elles peuvent être exploitées dans des chaînes d’attaque complexes.
Cela inclut l’analyse des environnements cloud, des identités humaines et non humaines, ainsi que des dépendances logicielles un point clé lorsque l’on sait que 86 % des organisations utilisent aujourd’hui des composants tiers contenant des vulnérabilités critiques.
L’objectif est d’aider les équipes de sécurité à prioriser les risques de manière efficace et à réduire les surfaces d’attaque réelles, en passant d’une approche isolée des vulnérabilités à une vision globale et contextualisée de l’exposition.
Global Security Mag : Comment les technologies (IA / Quantique, etc.) doivent-elles évoluer pour contribuer à maîtriser nos dépendances numériques ?
Bernard Montel : les technologies comme l’IA doivent évoluer vers plus de transparence et d’applicabilité, afin de mieux comprendre les interactions entre les différents composants d’un système.
L’IA peut également jouer un rôle clé dans l’analyse des environnements complexes, en aidant à détecter des corrélations ou des chemins d’attaque qui seraient difficiles à identifier manuellement. Cependant, ces technologies ne doivent pas faire oublier l’essentiel : la maîtrise des fondamentaux. Sans une bonne hygiène de sécurité, même les outils les plus avancés ne suffiront pas à réduire le risque.
Concernant le quantique, les enjeux se situent davantage à moyen terme, notamment autour de la cryptographie, mais ils s’inscrivent aussi dans cette logique de dépendances technologiques à anticiper. Les organisations doivent être en mesure d’évaluer leur niveau de cryptographie, notamment en ce qui concerne l’impact sur l’élargissement de leur surface d’attaque, afin d’identifier les solutions qui doivent être migrées vers la nouvelle génération d’algorithmes PQC. Comme dans tous les domaines, cela doit être considéré comme une vulnérabilité potentielle et géré de manière proactive.
Global Security Mag : Quel message souhaitez-vous transmettre aux RSSI, CISO, DPO, DSI, Responsables Cyber et Cybersécurité ?
Bernard Montel : je pense qu’il est essentiel de reprendre le contrôle sur la visibilité de son exposition aux risques. Dans des environnements où infrastructures, identités et dépendances se multiplient, il ne suffit plus de sécuriser des actifs isolés : il faut adopter une vision globale et cohérente.
Dans le même temps, il est crucial de ne pas négliger les fondamentaux. Une grande partie des attaques exploite encore des vulnérabilités connues et évitables, ce qui souligne l’importance d’une hygiène de sécurité rigoureuse.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les organisations doivent également intégrer ces nouveaux usages dans leurs stratégies, notamment en prenant en compte les identités non humaines et les nouvelles surfaces d’attaque qu’elles introduisent.
Plus largement, il faut changer de regard : la cybersécurité ne doit plus être perçue comme une contrainte, mais comme un véritable levier de performance. Cela implique de passer d’une approche fragmentée à une vision unifiée et préventive, en se concentrant sur les risques qui comptent réellement pour protéger les données, les opérations et la confiance des clients.
Enfin, j’encourage les responsables cyber à renforcer le dialogue avec les directions métiers et générales. La gestion de l’exposition est une opportunité concrète de positionner la cybersécurité comme un enjeu stratégique, au service de la résilience, de la croissance et de l’innovation.





