L’IA agentique peut réduire drastiquement la fenêtre d’opportunité laissée à l’attaquant.

Lors du Forum InCyber qui a eu lieu à Lille du 31 mars au 2 avril 2026, Yazid Akadiri, Principal Solutions Architect chez Elastic, a accordé un entretien à
Global Security Mag.

Yazid Akadiri
Elastic

Global Security Mag : pouvez-vous vous présenter et nous dire comment votre parcours professionnel vous a amené à votre rôle actuel ?

Yazid Akadiri : j’ai commencé ma carrière en tant que développeur, principalement sur les technologies Java et .NET. Très vite, je me suis orienté vers les enjeux d’intégration et de déploiement continu (CI/CD). Ce virage a été décisif : il m’a sensibilisé à l’importance cruciale de la configuration et, surtout, à la sécurisation native du code.

Cette vision m’a naturellement conduit vers l’architecture logicielle globale. Dans ce cadre, j’ai développé une expertise pointue autour des solutions d’API Management. Ce sont pour moi des briques d’infrastructure vitales : elles permettent de contrôler et de sécuriser l’exposition des données de l’entreprise, que ce soit pour des échanges B2B ou B2C. C’est sur ce terrain que j’ai pu approfondir les problématiques complexes d’authentification, d’autorisation et de délégation d’accès.

Aujourd’hui, c’est fort de ce bagage technique et stratégique que j’ai rejoint Elastic en tant que Solutions Architect. Mon rôle est désormais d’accompagner nos clients dans la maîtrise de leurs données, avec un focus majeur sur la sécurité et la résilience de leurs écosystèmes.

Global Security Mag : quelle est votre actualité lors du Forum InCyber (FIC) 2026 ? Quels sont les points forts des solutions que vous allez présenter ?

Yazid Akadiri : pour nous, il y a trois enjeux qui nous semblent structurants pour les années à venir : la sécurisation de l’IA agentique, le context engineering et l’observabilité des systèmes d’intelligence artificielle.

Les SOC sont à un point d’inflexion. On parle beaucoup de l’IA comme assistant, comme d’un “copilote”. Mais le vrai changement, celui qui est déjà en train de s’opérer, c’est le passage vers des agents IA capables d’agir de manière autonome (corréler des données, comprendre et respecter un certain contexte, investiguer un incident, rédiger un rapport) avant même qu’un analyste humain n’intervienne. Ce changement est profond, et il soulève des questions de contexte, de gouvernance et de sécurité auxquelles le secteur doit se préparer sérieusement. Et ce, même avant de déployer massivement des solutions d’IA ou du moins de façon concomitante.

Global Security Mag : cette année, le Forum InCyber a pour thème « Maîtriser nos dépendances numériques », quelles sont vos analyses sur ce sujet ?

Yazid Akadiri : c’est un thème qui tombe à point nommé. Les organisations ont massivement adopté l’IA ces dernières années, souvent dans l’urgence, sans toujours prendre le temps de construire les garde-fous nécessaires.

Le problème est que beaucoup d’organisations traitent encore l’IA comme une boîte noire. On lui fait confiance parce qu’elle produit des résultats, sans vraiment savoir ce qui se passe à l’intérieur. C’est une dépendance aveugle, et c’est précisément là que réside le risque.

Global Security Mag : comment vos solutions répondent-elles à cette problématique ?

Yazid Akadiri : pour y répondre, il faut agir sur plusieurs niveaux. D’abord, passer d’un audit ponctuel à un pilotage continu : être capable de répondre en temps réel aux questions fondamentales — qui utilise quoi, avec quelles données, à quel coût, avec quels comportements.

Ensuite, appliquer des mécanismes de détection proactive pour identifier les anomalies avant qu’elles ne deviennent des incidents : un agent qui boucle, une consommation anormale, un comportement déviant. Enfin, ne pas laisser l’IA vivre en silo : ses événements doivent être corrélés avec le reste du système d’information, comme n’importe quel autre composant de l’infrastructure.

Global Security Mag : comment les technologies (IA, Quantique, etc.) doivent-elles évoluer pour contribuer à maîtriser nos dépendances numériques ?

Yazid Akadiri : sur l’IA, l’enjeu n’est pas de freiner l’adoption mais de changer de posture. Nous sommes en train de passer d’une ère où les attaquants ciblaient les humains (via le phishing ou l’ingénierie sociale) à une ère où ils ciblent les machines. Le prompt injection en est l’exemple le plus concret : c’est de l’ingénierie sociale, mais où la victime du mensonge est l’IA elle-même.
Et ce risque change de nature à mesure que l’IA devient agentique. Quand un agent peut envoyer des e-mails, exécuter des transactions, supprimer des fichiers, le prompt injection n’est plus une simple mauvaise réponse : c’est une faille de sécurité aux conséquences opérationnelles réelles.

Dans les contextes financiers, par exemple, cela pourrait se traduire par la divulgation d’algorithmes propriétaires ou l’exécution de transactions basées sur des données manipulées.
Pour que les technologies soient réellement dignes de confiance, elles doivent intégrer la sécurité et l’observabilité dès la conception et non comme une couche ajoutée après coup. Un pare-feu ne suffit pas. Il faut une capacité d’audit token par token, une validation des entrées à plusieurs niveaux, et une supervision humaine maintenue pour les actions à fort impact.

Global Security Mag : Quel message souhaitez-vous transmettre aux RSSI, CISO, DPO, DSI, Responsables Cyber et Cybersécurité ?

Yazid Akadiri : le changement le plus important pour leurs équipes en 2026, ce n’est pas un nouvel outil : c’est un nouveau paradigme opérationnel.

Aujourd’hui, un analyste SOC passe en moyenne 70 % de son temps sur la phase d’investigation à jongler entre plusieurs consoles, croiser des données, reconstituer un contexte. C’est un travail indispensable, mais épuisant et chronophage. L’IA agentique peut prendre en charge cette phase, apporter les données à l’analyste plutôt que l’inverse, et réduire drastiquement la fenêtre d’opportunité laissée à l’attaquant.

Mais ce passage vers l’agentique doit s’accompagner d’une exigence de visibilité totale. Déléguer à une IA sans observer ce qu’elle fait, ne peut plus être la normalité en entreprise. L’observabilité n’est pas une option technique : c’est la condition pour que l’IA devienne un actif maîtrisé plutôt qu’une zone de risque supplémentaire.

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