la fraude documentaire et l’usurpation d’identité sont devenues des enjeux critiques pour toutes les organisations, pour tous les pays, pour tous les citoyens.

Lors du Forum InCyber qui s’est déroulé du 31 mars au 2 avril 2026 à Lille, Bruno Buffenoir, CEO & Directeur Général, KIPMI, pôle de confiance numérique du Groupe BeYs, a accordé un entretien à Global Security Mag.

Bruno Buffenoir
KIPMI

Global Security Mag : Pouvez-vous vous présenter et nous dire comment votre parcours professionnel vous a amené à votre rôle actuel ?

Bruno Buffenoir : mon parcours s’est construit autour d’une conviction centrale : la technologie n’a de valeur que si elle est maîtrisée, sécurisée et si elle apporte de la valeur aux métiers.
Après plus de 25 ans passés au cœur de l’écosystème numérique mondial — notamment chez des leaders de l’infrastructure et du cloud comme Oracle, HP et ServiceNow — j’ai pu observer de l’intérieur la transformation radicale de nos entreprises. J’y ai appris comment la technologie peut démultiplier la performance, mais j’y ai aussi vu naître une vulnérabilité croissante face aux enjeux de souveraineté et de cyber-menaces.
C’est ce cheminement qui m’a naturellement conduit à la Direction Générale de KIPMI Digital Trust Continuity, pôle de confiance numérique du groupe BeYs.
Aujourd’hui, mon rôle est de transformer cette expertise en une mission concrète : offrir aux organisations françaises et européennes un modèle de confiance numérique de bout en bout. Je ne vois pas seulement l’informatique comme un outil de productivité, mais comme un actif stratégique qui doit être protégé par trois piliers indissociables : une infrastructure souveraine, des applicatifs métiers maîtrisés et une cyber-résilience sans faille pour garantir la continuité d’activité.

Au-delà de la technique, mon ambition est que la transformation digitale soit vécue comme un socle de croissance pérenne et sécurisé, et non comme une menace. C’est pour cela que je mène KIPMI vers cet objectif : devenir le visage européen de la confiance numérique, en offrant une alternative souveraine qui protège durablement notre patrimoine numérique.

Global Security Mag : Quelle sera votre actualité lors du Forum InCyber (FIC) 2026 ?

Bruno Buffenoir : Le métier de KIPMI est d’accompagner les entreprises dans la mise en place de solutions de confiance numérique, permettant de sécuriser l’ensemble du cycle de vie des interactions digitales. Au cœur de notre approche se trouve le wallet d’identité numérique européen, qui facilite la mise en relation, le partage sécurisé d’informations et l’extension progressive de la chaîne de confiance. En s’appuyant sur l’authentification forte et le partage d’attestations vérifiables, les entreprises, ayant recours au wallet, simplifient les parcours d’onboarding clients/candidats et réduisent drastiquement les risques de fraude. Il devient ainsi le point d’entrée de la relation numérique de confiance. Cette solution accélère la conformité avec la réglementation eIDAS 2, qui fera du wallet d’identité un standard des interactions numériques.

Au-delà du wallet, KIPMI propose également une plateforme intégrée couvrant l’ensemble du cycle de confiance numérique. Là où de nombreux acteurs du marché n’adressent uniquement que le périmètre du wallet européen (EUDI Wallet), KIPMI embarque, grâce à ses espaces, des parcours hybrides de confiance numérique directement au sein de son wallet. Ces parcours peuvent ainsi intégrer des capacités de KYC, de signature électronique, de coffre-fort numérique, …
Le wallet, ainsi « augmenté », permet donc d’intégrer la confiance numérique dans les architectures existantes, sans transformations majeures, et en délivrant une réelle valeur business.
C’est la démonstration concrète de ce wallet « augmenté » que nous proposerons aux visiteurs du INCYBER Forum.

Global Security Mag : Quels sont les points forts des solutions que vous allez présenter à cette occasion ?

Bruno Buffenoir : Les points différenciants de KIPMI, par rapport à d’autres acteurs du marché, sont axés sur la capacité à faire levier du Wallet européen, de cette architecture de gestion distribuée de l’identité qui est finalement le fondamental de la réglementation eIDAS, afin d’apporter au quotidien des services opérés par tous les opérateurs du marché qui nous sollicitent dans notre vie quotidienne et qui tirent parti à la fois de l’environnement, des protocoles et de cette capacité à sécuriser l’ensemble des données associées à l’identité.
Notre vision va bien au-delà de la simple identité régalienne. Pour nous, l’identité est un écosystème. En effet, en vous connaissant, en certifiant qui vous êtes, je sais aussi certifier quel diplôme vous avez eu, quelles étapes dans votre parcours professionnel, avec quels employeurs vous avez travaillé, vos états familiaux, vos états de santé… un ensemble d’informations, qui reliées à votre identité, ont une valeur très forte en matière d’authenticité.
Au sein de notre Wallet, nous offrons la possibilité de télécharger un espace piloté par un prestataire de services, espace qui ouvre une fenêtre de communication sécurisée entre chacun des utilisateurs avec l’ensemble des informations contenues dans son Wallet et l’opérateur du service qui peut être une assurance une banque, un opérateur de télécommunications avec lequel vous allez pouvoir signer des contrats de manière sécurisée, mettre à jour des termes et conditions, des informations qui sont liées à votre état familial pour qu’ils enrichissent leur offre de services.
Tout cela se fait dans un cadre de "Privacy by Design". C’est-à-dire qu’avec le Wallet, la communication devient extrêmement simple, mais elle ne se fait jamais sans votre consentement explicite. On redonne enfin à l’utilisateur le plein contrôle sur ses données tout en simplifiant radicalement ses démarches quotidiennes.

Global Security Mag : Cette année, le Forum InCyber aura pour thème « Maîtriser nos dépendances numériques », quelles sont vos analyses sur ce sujet ?

Bruno Buffenoir : C’est un thème qui résonne avec ce que nous vivons. Maîtriser nos dépendances, c’est avant tout une question de souveraineté et de reprise de contrôle.
Aujourd’hui, nous sommes devenus dépendants de modèles d’identité centralisés, souvent pilotés par des acteurs extra-européens, où l’utilisateur ne sait plus vraiment où sont ses données, ni qui les exploite. On a créé une dépendance à la fois technologique et de confiance qui est très risquée.
Maîtriser nos dépendances, ce n’est pas s’isoler, c’est s’assurer que le socle de nos échanges — c’est-à-dire l’identité et la confiance — repose sur des standards européens robustes, comme eIDAS. L’enjeu, c’est de redonner le contrôle à l’utilisateur et aux entreprises européennes : il faut que l’on soit capables de décider, nous-mêmes, quelles informations on partage, avec qui, et surtout de pouvoir prouver qui l’on est sans dépendre d’un tiers qui pourrait couper le service ou exploiter nos données à notre insu.

Le groupe BeYs, auquel KIPMI est rattaché, s’affirme comme le partenaire de confiance des organisations, en garantissant une maîtrise de bout en bout de leur patrimoine numérique.
Notre mission est de transformer la souveraineté numérique en un levier de compétitivité et de confiance durable. Notre approche repose sur trois piliers stratégiques fondamentaux, portés par notre expertise : un socle d’infrastructures souveraines, des applicatifs métiers souverains et des éléments de cyber résilience, sécurité et continuité d’activité.

Global Security Mag : Comment vos solutions répondent-elles à cette problématique ?

Bruno Buffenoir : Nos solutions s’attaquent précisément à la racine de cette dépendance en misant sur la décentralisation. C’est tout l’esprit du Wallet KIPMI.

Au lieu d’avoir une base de données géante qui contient tout sur tout le monde — ce qui est une vulnérabilité majeure — nous utilisons une architecture distribuée. Concrètement, cela signifie que vos "preuves" (votre identité, vos diplômes, votre parcours professionnel…) restent dans votre Wallet. Elles vous appartiennent.

Ensuite, nous répondons à la dépendance vis-à-vis de la fraude. Aujourd’hui, les entreprises sont dépendantes de documents papiers ou de scans de cartes d’identité qu’il est devenu enfantin de falsifier avec l’IA. Nous proposons de remplacer cela par des credentials sécurisés et cryptographiés.

C’est une réponse très concrète. L’utilisateur n’est plus dépendant d’un système qui lui "prête" son identité, il la possède physiquement dans son Wallet. Et les entreprises (banques, assurances, télécoms) ne sont plus dépendantes d’un processus de vérification manuel et faillible. Elles reçoivent une information certifiée, immédiatement exploitable.

En résumé, KIPMI permet de passer d’une dépendance subie à une autonomie sécurisée. On redonne de la solidité à la relation numérique.

Global Security Mag : Comment les technologies ( IA / Quantique, etc. ) doivent-elles évoluer pour contribuer à maîtriser nos dépendances numériques ?

Bruno Buffenoir : C’est tout l’enjeu de ce que nous appelons la "souveraineté par l’innovation". Pour maîtriser nos dépendances, les technologies comme l’IA ou le quantique ne doivent plus être des outils que nous consommons "sur étagère" à l’étranger, mais des piliers que nous intégrons nativement dans notre propre chaîne de valeur.
Selon moi, cette évolution doit suivre trois axes majeurs :
L’IA ne doit pas être une boîte noire dont nous dépendons pour nos décisions critiques. Elle doit évoluer vers des modèles transparents et localisés. Chez KIPMI, nous croyons en une IA qui s’exécute sur des infrastructures souveraines, garantissant que la donnée ne quitte jamais notre contrôle. L’IA doit devenir un assistant de résilience, capable d’anticiper les pannes ou les cyberattaques avant qu’elles ne surviennent.
Le quantique représente un risque majeur pour la cryptographie actuelle, mais c’est aussi une opportunité historique. Nous devons faire évoluer nos systèmes vers la sécurité post-quantique dès maintenant. Maîtriser cette technologie, c’est s’assurer que les secrets de nos entreprises et de nos institutions resteront inviolables demain. C’est passer d’une posture de réaction à une posture d’anticipation technologique.
Enfin, pour réduire nos dépendances, ces technologies doivent évoluer vers des standards ouverts. La dépendance numérique naît du « vendor lock-in ». Plus l’IA et le cloud seront interopérables, plus il sera facile pour une entreprise européenne de changer de prestataire sans risquer la rupture de son activité.
Ainsi, l’IA et le Quantique ne doivent pas être des dépendances de plus, mais les outils qui nous permettent de redevenir maîtres de notre destin numérique. L’innovation est notre meilleure arme pour protéger notre autonomie stratégique.

Global Security Mag : Quel message souhaitez-vous transmettre aux RSSI, CISO, DPO, DSI, Responsables Cyber et Cybersécurité ?

Bruno Buffenoir : Nous devons changer de paradigme. Aujourd’hui, la fraude documentaire et l’usurpation d’identité sont devenues des enjeux critiques pour toutes les organisations, pour tous les pays, pour tous les citoyens. Et si la réglementation eIDAS pose un cadre européen harmonisé pour y répondre, mon message aux décideurs est qu’il ne faut pas attendre pour agir.
Les technologies sont prêtes. Il est temps de transformer radicalement la manière dont nous gérons nos interactions digitales. Concrètement, cela signifie passer d’une culture du "document" — que l’on scanne, que l’on envoie et qui est si facile à falsifier — à une culture du "credential" sécurisé et cryptographié.
En remplaçant l’échange de pièces jointes par des preuves numériques infalsifiables, on fait d’une pierre deux coups. D’un côté, on simplifie drastiquement le quotidien des utilisateurs. De l’autre, on offre aux RSSI et aux DPO une sécurité et une traçabilité sans précédent. C’est ainsi que l’on restaurera une confiance durable dans nos outils numériques : en faisant de la sécurité un levier de fluidité, et non plus un obstacle.

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