En matière d’IA, tout commence par une gestion rigoureuse des identités.

Xavier Mathis, Regional Vice President & Country Manager France, OKTA, a accordé un entretien à Global Security Mag, à quelques jours du Forum InCyber à Lille, qui aura lieu du 31 mars au 2 avril 2026.

Xavier Mathis
Regional Vice President & Country Manager France, OKTA

Global Security Mag : Quelle sera votre actualité lors du Forum InCyber (FIC) 2026 ?

Xavier Mathis : à l’occasion du Forum InCyber 2026 à Lille où nous serons présents sur le stand G2-1, nous mettrons en lumière une évolution majeure : la montée en puissance du Shadow AI et la nécessité d’en faire un objet de gouvernance à part entière. Notre actualité s’articule autour du lancement d’Agent Discovery, une nouvelle capacité intégrée à Okta for AI Agents, conçue pour répondre à un phénomène désormais structurel : la prolifération d’agents IA créés en dehors de tout cadre IT formel. Là où le shadow IT exposait des applications non validées, le shadow AI introduit des identités non humaines autonomes, dotées de privilèges étendus et persistants, capables d’accéder à des données critiques via des autorisations OAuth. Dans une entreprise pilotée par l’IA, l’identité devient le véritable plan de contrôle. Les agents ne résident ni au niveau du réseau ni des endpoints ; ils opèrent dans la couche applicative et interagissent avec une multitude de ressources internes et externes. Sans visibilité centralisée sur ces identités non humaines, il est illusoire de parler de sécurité maîtrisée. Agent Discovery est disponible en Early Access (EA) depuis le 12 février 2026, avec une disponibilité générale prévue fin avril.

Global Security Mag : Quels sont les points forts des solutions que vous allez présenter à cette occasion ?

Xavier Mathis : Agent Discovery permet d’identifier les agents connus et inconnus, de détecter les mauvaises configurations, de cartographier leurs permissions et leur rayon d’impact potentiel. En s’intégrant au navigateur, notamment Google Chrome, la solution capte des signaux en temps réel pour révéler les connexions entre outils IA et applications sources de données. L’objectif est d’identifier les usages à risque avant qu’ils ne se transforment en intégrations API complexes et difficilement auditables. Une fois découverts, ces agents peuvent être enregistrés comme identités gouvernées, associés à un responsable humain, et soumis aux politiques de sécurité de l’entreprise sur la plateforme Okta. Autrement dit, nous transformons des angles morts en actifs contrôlés. Cette approche répond à une tendance documentée par Gartner, qui souligne que 69 % des organisations ont constaté ou suspecté l’usage d’outils de GenAI interdits par leurs politiques internes, et anticipe que plus de 40 % pourraient subir d’ici 2030 des incidents de sécurité ou de conformité liés au shadow AI.
Au FIC 2026, nous porterons donc un message clair : l’IA ne peut être sécurisée sans une stratégie d’Identity Security adaptée aux identités non humaines. La maîtrise du cycle de vie des agents – découverte, gouvernance, contrôle continu – devient un prérequis pour innover sans compromettre la conformité, la résilience et la protection des données sensibles.

Global Security Mag : Cette année, le Forum InCyber aura pour thème « Maîtriser nos dépendances numériques », quelles sont vos analyses sur ce sujet ?

Xavier Mathis : les entreprises aujourd’hui ne contrôlent plus un système fermé, mais un écosystème d’interconnexions permanentes — cloud, SaaS, API, partenaires, agents IA. Cette dépendance crée de la valeur, mais elle déplace le risque vers l’identité. Aujourd’hui, la majorité des attaques exploitent des identifiants compromis ou des privilèges mal maîtrisés.

Global Security Mag : Comment vos solutions répondent-elles à cette problématique ?

Xavier Mathis : la dépendance numérique est aussi une dépendance aux identités. C’est précisément l’enjeu adressé par Okta : replacer l’identité au cœur de la stratégie de sécurité, avec une logique de vérification continue plutôt que de confiance implicite (Zero Trust). Maîtriser nos dépendances ne signifie pas réduire l’innovation ou sortir du cloud. Cela suppose d’accepter l’interconnexion comme un fait acquis et d’en reprendre le contrôle par une gouvernance stricte des accès, des privilèges et des identités humaines comme non humaines. Sans cette discipline, la dépendance devient une vulnérabilité systémique.

Global Security Mag : Comment les technologies (IA / Quantique, etc. ) doivent-elles évoluer pour contribuer à maîtriser nos dépendances numériques ?

Xavier Mathis : les technologies doivent évoluer pour intégrer la sécurité et la gouvernance dès leur conception. L’IA, par exemple, ne peut plus être considérée comme un simple outil : ses agents autonomes manipulent des données sensibles et interagissent avec des systèmes critiques, générant des identités non humaines dont il faut pouvoir contrôler chaque action. Des plateformes comme Okta montrent qu’il est possible d’assurer cette maîtrise. En somme, maîtriser nos dépendances numériques passe par des technologies qui offrent visibilité, contrôle et anticipation des risques.

Global Security Mag : Quel message souhaitez-vous transmettre aux RSSI, CISO, DPO, DSI, Responsables Cyber et Cybersécurité ?

Xavier Mathis : Dans un monde où l’IA et les systèmes numériques sont exposés à des menaces de plus en plus complexes et à des acteurs pleinement structurés, la maîtrise passe impérativement par une visibilité complète sur l’ensemble des identités — humaines comme non humaines — ainsi que par une gouvernance stricte de leur cycle de vie.
Les études récentes montrent que les collaborateurs utilisent de plus en plus des agents IA en dehors de tout cadre IT formel, créant des risques invisibles et en évolution rapide. Bloquer ces usages n’est pas une réponse viable. La priorité consiste à découvrir ces agents, les sécuriser et les gouverner afin de permettre leur utilisation en toute sécurité.
La gouvernance des identités non humaines — avec des privilèges strictement contrôlés et une supervision continue — constitue le socle de la sécurité et de la conformité. En matière d’IA, tout commence par une gestion rigoureuse des identités.
En adoptant cette approche proactive, les RSSI sont en mesure de transformer le shadow AI en un levier d’innovation sécurisé, réduisant les risques tout en libérant pleinement la valeur des agents IA pour l’entreprise.

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